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# La rentrée scolaire

LauueeRacontee

C’est la rentée des classes, je suis totalement épuisé, j’ai les yeux cernés jusqu’au cou et je manque vraiment de motivation …

Je marche lentement vers mon arrêt de bus, mes écouteurs dans les oreilles et j’écoute ma musique si fort que selon ma mère, cela pourrait me péter les tympans. Mais je m’en fous, du Green Day c’est fait pour être écouté au max ! Alors que je m’approche de plus en plus de mon arrêt, j’aperçois la silhouette de Frédérik assit sur le banc.

Frédérik, c’est seulement le gars qui attend le bus au même arrêt que moi. Ça fait maintenant 5 ans que l’on prend le bus ensemble pour se rendre à l’école, même heure, même poste et que l’on ne s’est jamais adressé la parole. On se contente de se saluer en hochant la tête. C’est étrange quand même que l’on ne se soit jamais dit un mot en 5 ans. Comme on va à la même école, j’ai tout de même appris des trucs sur lui au fil du temps. Je sais qu’il s’appelle Frédérik, qu’il fait partie du club de lecture de l’école ainsi que du comité des élèves et qu’il passe le plus clair de son temps à la bibliothèque de l’école ou celle du quartier. Je sais aussi que les autres élèves de l’école l’apprécient beaucoup.

Arrivé à l’arrêt, je m’assoie à ses côté, lui fait un signe de tête en guise de bonjour comme à notre habitude. Poursuivant notre petit rituel, il fait de même, mais cette fois-ci, je remarque une légère teinte de rosé sur ses joues. Est-ce que je l’ai fais rougir ? Et si Frédérik était intéressé par les hommes? Voire, par moi? Je secoue la tête en essayant de ne plus y penser. J’ai tendance à confondre mes désirs pour la réalité quand il est question de relation amoureuse. Mais, j’en suis conscient et je travaille fort dessus, ok? Je dépose mon sac entre mes jambes, puis je tapote les poches de mon short à la recherche de mon paquet de cigarette. Je plonge ma main dans ma poche gauche l’attraper, me prend une cigarette et l’allume afin d’avoir ma dose matinale de nicotine, la fumée s’infiltrant dans mes poumons. Ouais… Je sais, je ne suis vraiment pas parfait, j’écoute ma musique trop fort, je fume la cigarette, j’ai une grande gueule, je parle trop fort, je suis souvent en retenue et j’arrive souvent en retard à mes cours. Sauf que je m’en fous à vrai dire, je vis ma vie à fond ! Je souffle la fumée puis replace mon paquet dans mes poches, me plongeant dans la chanson d’un de mes bands préféré. Pour une fois, j’ai le temps de terminer ma cigarette. J’écrase mon mégot et fais signe à Frédérik de passer le premier lorsque le bus ouvre ses portes. Je suis poli quand même et il attend depuis plus longtemps que moi.

Lorsqu’il entre, il passe sa carte opus et je fais de même avant d’avancer vers le fond du véhicule espérant me trouver une place. À cette heure, l’autobus est déjà pas mal bondé d’étudiants et de travailleurs, ce qui rend la tâche plus complexe. Je vois Frédérik rejoindre tout au fond du bus deux de ses amis. Au même instant, du coin de l’œil, je vois Yves qui me fait signe au milieu de l’habitacle.

-Hey Pascal ! Me lance-t-il avec un geste de la main.

Je lui réponds de la même manière à mon tour et m’assoie à ses côtés, à la dernière place qui reste.

Yves venait de passer tout l’été au Congo et on ne s’était pas vu depuis son retour. On avait donc plein de choses à se dire. Alors que mon ami me raconte avec passion comment est la vie dans son pays d’origine, je me retourne pour chercher Frédérik du regard. Je ne sais pas pourquoi, mais dernièrement, je me surprends à le chercher de yeux et le contempler. Je dois avouer que voir ses joues devenir rouges tout à l’heure m’avait marqué et que j’avais réellement envie de revoir cela. Toujours installé au fond du bus, il est debout et discute avec animation avec ses amis. Je le vois souvent avec eux mais je ne connais pas leurs noms. Ces cheveux bruns bien placés, ses petits yeux verts et sa peau pâle le rendent tellement mignon.

-Eh, oh ! Pascal, tu m’écoutes? Me demande mon ami me sortant de ma contemplation.

-Hein? Euh… Non, désolé, je lui réponds gêner.

-Bon, quelle personne est-ce que tu dévorais des yeux?

Depuis que mon ami a appris pour ma bisexualité, il préférait ne plus donner de genre aux personnes que je regarde ou qui m’intéressent de peur de se tromper.

-Hum… Je commence gêné. Frédérik, je continue les joues rouges.

-Le gars du comité des élèves ?

Je hoche la tête positivement, sentant mes joues s’enflammer.

-Ouain… Il est beaucoup trop blanc à mon goût, dit-il en rigolant. Et sûrement pour ton père aussi.

-Roooh ! Arrête, mon père a marié une blanche, je pense qu’il s’en fout pas mal de la couleur. C’est plutôt mon grand-père que ça dérangerait!

-Ah ouais ? Il déteste encore ta mère parce que c’est pas une black ?

Je me contente de lui jeter un regard entendu. Il est bien familier avec cette manière de penser, sa famille au Congo lui ayant fait des commentaires semblables quand il est sortie avec une fille d’origine québécoise. Voyant l’énorme bâtisse qui nous sert d’école, on se lève pour nous diriger vers les portes arrières avec d’autres élèves vidant de presque de moitié l’autobus.

Génial, c’est la rentré des classes! J’ironie intérieurement alors que le véhicule s’éloigne. On ne pourrait pas avoir trois mois de congé au lieu de deux ? Il me semble que ça serait beaucoup plus agréable! Je ne suis vraiment pas fait pour l’école, il faut croire… Ce n’est que la première journée et j’ai déjà hâte aux vacances de Noël!

Debout à l’arrêt d’autobus, comme plusieurs élèves, j’attend en ligne que la 108 pointe le bout de son nez. Enfin cette première journée infernal est terminer. Mes écouteurs bien en place, c’est cette fois-ci du Good Charlotte qui joue à fond dans mes oreilles. Dans la file à mes côtés se trouve Frédérik qui parle vivement avec ces deux amies dont j’ignore toujours les noms... Pascal, ce traître, est partit avec sa mère en voiture à un rendez-vous chez le dentiste, me condamnant à attendre seul l’autobus. Il y a quand même du bon, je peux profiter de la présence du beau Frédérik. Je me permets de jeter un regard dans sa direction de temps en temps, histoire de me régaler de son magnifique profil. Étant curieux de nature, je décide de baisser le son de ma musique pour pouvoir entendre ce qu’ils se disent en espérant que ça soit subtil.

-En tout cas, je ne vois vraiment pas ce que tu lui trouve, dit la petite blonde. Il écoute sa musique trop fort, fume, arrive toujours en retard, il est toujours en retenue et en plus il est noir!

-Raciste, lance la grande rousse.

C’est vrai que le dernier commentaire est plutôt raciste, en 2019 quand même, je croyais que notre génération était mieux que ça!

La jeune blonde roule des yeux en soupirant avant de s’expliquer.

-Je ne suis pas raciste. Désolé, ce n’était pas ce que je voulais dire, je me suis mal exprimée. C’est juste que je n’ai jamais encore trouvé un gars de couleur assez attirant pour sortir avec lui. Je ne voulais pas l'insulter, c’était pas le but! Désolée.

Il y eut un petit moment de silence avant que le blonde ne continue.

-En tout cas, ça n’explique quand même pas ce que tu lui trouves à Pascal!

Hein ?! Mais… Mais, c’est de moi qu’ils parlent depuis tout à l’heure ?

-Chuut, dit Frédérik les joue rouges. Il pourrait nous entendre.

-Mais, non, comme l’a dit Charlotte tantôt, il écoute toujours sa musique trop fort.

Je résiste de peine et misère à l’envie que j’ai de me tourner vers eux. Pour rajouter de la crédibilité, je fais semblant de jouer sur mon cellulaire. Du coin de l’œil, je vois Frédérik qui tente de répliquer quelque chose, mais la rousse ne lui laisse pas le temps et change de sujet. Voyant que je ne suis plus le sujet de leur discussion, je remets ma musique. Puisqu’on ne parle plus de moi, je ne vois pas pourquoi je devrais continuer de les espionner. De toute façon, je vois le bus arriver au loin. J’y entre alors que s’ouvrent les portes devant moi et m’assoie rapidement avant que le bus ne se remplissent d’élèves.

Lorsque le bus démarre, je ne peux m’empêcher de penser à ce que les amies de Frédérik disaient. Elles parlaient de moi et disaient que Frédérik était intéressé! J’ignorais qu’il était intéressé par les hommes. Au moins, ça répond à la question que je me posais ce matin.

Alors que je penses à tout ce que j’ai entendu dans la file d’attente, je réalise que mon arrêt approche, je me lève et fais sonner la cloche, signalant au chauffeur qu’il devra s’arrêter au prochain arrêt. Je me dirige vers les portes et remercie le chauffeur lorsque celui-ci arrête l’autobus pour me laisser sortir. Une fois à l’extérieur, je sors mon paquet de cigarette, m’en sors une et l’allume machinalement. Alors que je la porte à ma bouche, je vois Frédérik qui est descendu en même temps que moi. Il croise mon regard et me fait maladroitement une signe de sa main, son visage rouge comme un tomate, avant de continuer son chemin pour se rendre chez lui. Il est tellement mignon lorsqu’il rougit! Je réalise que je pouvais faire quelque chose pour mettre fin à ses 5 ans de silence, d’autant que je brûlais d’envie de lui adresser la parole!

Je regarde ma cigarette, rassemble tout mon courage, et la jette avant de marcher d’un pas un peu plus rapide pour rattraper Frédérik.

-Eh,oh ! Dis-je pour attirer son attention. Hum… Frédérik, continuais-je en m’approchant un peu plus du jeune brun.

-Hum… Je… Juste Fred, me répondit-il une expression de gêne et de surprise sur le visage.

-O.K, Fred, donc, je reprends en souriant, ça fait un bon moment qu’on prend le bus au même endroit et qu’on ne s’est jamais adresser la parole. Donc, je me présente, je m'appelle Pascal.

Je lui souris, un large sourire qui semble lui faire de l’effet puisqu’il rougit encore plus.

-Hum… Oui, je sais, je sais, comment tu t’appelles, répondit-il timidement.

-Ravi de faire ta connaissance Fred, je lui dis en lui tendant la main.

-De même, dit-il en empoignant celle-ci et en me regardant droit dans les yeux.

Et voilà, comme quoi ce n’était pas si compliqué, je me dis intérieurement. Je me plonge dans ses yeux verts et lui souris, ne sachant pas quoi rajouter. Il me retourne le sourire en détournant légèrement le regard. J’ai tout de suite l’impression qu’on va bien s’entendre lui et moi. Enfin, j’espère même que cela va être plus que ça!

 
 
 
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