
-Nico, c’est pas drôle, je hurle en marchant dans le sous-bois, recevant en plein visage une toile d’araignée. Aaaaaaah ! Fuck ! Merde, je m’exclame en crachant, ayant la sensation d’avoir avalé des bouts de soie arachnoïde.
Je continue mon chemin, utilisant mon téléphone comme lampe de poche. Je suis dans la forêt, il fait noir et il doit être environ 22h. Je marche lentement, faisant attention où je mets mes pieds. Le sentier sur lequel je me trouve est bordé par une pente abrupte juste à ma droite. Plus bas, se trouve un grand lac. Le moindre faux pas de ma part et je me retrouve dans l’eau en moins de temps qu’il en faut pour le dire. J’ai du nouveau linge quand même, je n’ai pas envie de le tremper et j’ai encore moins envie de mouiller mes dreadlocks. Je dois donc, vraiment faire attention.
Aujourd’hui, c’est Halloween et ma fête du même coup. J’ai maintenant 18 ans et toutes mes dents. Mon copain pourra ainsi arrêter de dire que je suis un gamin. C’est vrai que lui avec ses 21 ans, il est telleeeeeeeement plus mature. Hum… Non, je déconne, c’est totalement le contraire. Donc, voilà, mon meilleur ami Nicolas s’est dit que ce serait génial si nous allions marcher dans les bois, histoire de se faire un peu peur pour Halloween. Il sait pourtant que je suis une mauviette !
Le seul problème, c’est que Nicolas a disparu depuis un bon cinq minutes et je commence à paniquer ! Comment tout ça a pu arriver ? Je me suis détourné de lui à peine 3 secondes à cause d’un bruit étrange et POUF ! Il avait disparu. Je marche donc, dans ce petit sentier à la recherche de ce petit blond, planifiant sa mort à chaque pas. Quand je vais le retrouver!
Nerveux, je serre ma prise sur mon téléphone et essaye de m’éclairer du mieux que je peux. La faible lumière de mon téléphone me fait rater une roche et je me tords alors la cheville sur celle-ci, chutant. J’arrive tout de même à attraper une branche au passage, mais j’échappe mon téléphone. De ma main libre, j’essaye de le rattraper, mais je bascule vers la droite et ma jambe se retrouve dans l’eau jusqu’à mon genou. Mon soulier se rempli d’eau et l’eau bousille ma nouvelle paire de jean. Que va dire mon petit ami Daniel lorsqu’il va voir mon jean trempé. C’est quand même lui qui me l’a offert, de même que le t-shirt que je porte en ce moment.
-Fuck ! Je hurle fâché. Merde ! Merde ! Merde !
Je secoue la tête et essaye de reprendre mes esprits. Ma main gauche tenant fortement la branche, je décide de la saisir de mon autre main libre pour pouvoir m’aider à remonter.Mais la branche se casse sous mon poids et je m’enfonce dans l’eau glaciale du lac.Je refais surface, crachant, toussant et complètement trempé.Ma casquette, mon bandeau, mes dreads… MON LINGE ET MES BASKETS TOUS NEUFS !!!
O.K, c’est clair que je vais tuer mon meilleur ami ! J’ai envie de hurler, de frapper et de dire tout les mauvais mots que je connais. Mais avant, je dois sortir de là. Je m’approche du bord, trouve une nouvelle branche qui semble plus solide que l’autre et je la saisie pour pouvoir m’aider à remonter sur le petit sentier. Au moment où mon corps sort de l’eau, un long frisson parcours tout mon corps, l’humidité de mes vêtements augmentant la sensation de froid. Je sens que je vais être malade. Je réussis à remonter sur le sentier à quatre pattes, mais mon jean n’a pas survécut et je me retrouve avec un gros trou au niveau du genou gauche. Maiiiiiiis… Mes nouveaux jeans. Grâce à la lumière qu’il émet, la fonction lampe de poche n’ayant pas été éteinte, je retrouve mon cell rapidement. Je reprends mon téléphone et me rend compte que Nico a essayé de me rejoindre plusieurs fois. Je soupire, renifle et compose son numéro, il décroche à la première sonnerie.
-Eh, dit-il d’une voix inquiète. Ça fait 5 fois que j’t’appelle. Et j’t’ai laissé plein de messages texte -Et toi, t’es où,hein ? T’as disparu comme par magie, c’est pas drôle ! -Oh, arrête de t’affoler comme une fillette, là ! Je suis devant la vieille maison abandonnée. Je t’attends là, je vais entrer. -Nic, non…
Mais, je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’il a déjà raccroché.
Je sais très bien où il est et de quelle maison il parle. Une légende circule depuis plusieurs années. Dans les années 50, un homme y aurait tué sa femme et ses trois filles un 31 octobre et depuis, à chaque Halloween, les 4 femmes se vengent sur les hommes qui osent s’introduire chez elles. Je sais, ce n’est qu’une légende, mais je suis vraiment un trouillard. De plus, je me rappelle avoir lu qu’il y a deux ans, un homme a décidé de s’y aventurer un 31 octobre et qu’on ne l’a plus jamais revu. Je dois donc me dépêcher de retrouver cette maison et empêcher Nicolas de se faire tuer.
Je reprends mon chemin, essayant d’ignorer que je meurs de froid et le bruit de succion qui accompagne chacun de mes pas. Je réussis à sortir du petit sentier, me retrouvant entouré par des milliers d’arbres. O.K Simon, inspire… 1…2…3… Expire….1…2…3… Maintenant, tout ce qui me reste à faire, c’est trouver cette maison. Tout va bien aller, tu vas finir par retrouver ce petit blond stupide et vivant, en plus. Ça va être simple, non?
Je continue ma route essayant de trouver mon chemin. Je n’ai aucune idée si je vais dans la bonne direction. Ce n’est que 10 minutes plus tard, qu’au loin, j’aperçois de la lumière. On ne m’avance tremblant, de peur ou de froid, je ne sais plus.J’ai peur de ce qui pourrait arriver, on se sait jamais avec toutes ses rumeurs, ses légendes… Il y a toujours un fonde de réalité. Je sais que je dois encore marcher un bon 2 minutes avant d’arriver devant celle-ci. Près de la maison, je peux y voir une ombre, elle est petite et ressemble à Nicolas.
-NICOLAS ! Je crie, l’interpellant au loin.
L’ombre se retourne et me fait signe de la main. À mon tour, je fais de même, soulagé. Je commence à m’avancer, en m’assurant d’examiner le sol pour être sur de ne pas trébucher. Au moment où j’arrive devant la vieille maison, mon meilleur ami a encore disparu. O.K, sérieux, c’est quoi cette connerie ?
-Nic ?! C’est pas drôle O.K ! Arrête s’te plait ! C’est bon, t’as réussi, j’ai vraiment peur ! Allez, sors de ta cachette !
Aucune réponse de la part de mon meilleur ami. Mon cœur bat rapidement et je ne trouve plus cette situation drôle depuis un moment déjà. J’inspire et expire, essayant de me calmer. Quoi faire maintenant ?
-Aaaaaaaaaaaaaaah !!!
Mais… Mais… Je crois que c’est la voix de Nicolas! La voix provient de l’intérieur. Il est dans la maison, c’est sûr !
-SIMON ! Aide-moi, hurle-t-il. S’te plait Simon, fait quelque chose !
Mon cœur rate un battement. Cette légende est donc vraie? Ces femmes veulent tuer mon meilleur ami !!! Je n’ai plus le choix, je dois entrer dans cette foutue maison, si je veux sauver mon ami.
La maison comptait seulement un étage et à côté on pouvait deviner une remise. À première vue, rien d’anormal jusqu’ici.
Lorsque je pousse la porte, elle ne bouge pas. Je décide donc de contourner la maison afin de trouver un autre moyen d’y entrer. La façade était sale, tachetée. Les volets avaient été arrachés et des fenêtres étaient brisées. Je vois au tournant une petite porte en verre qui tenait seulement par un gong. Je m’avance et pousse celle-ci, produisant l’impensable. La porte faillit me tomber dessus. La vitre se brise à coté de moi, je laisse échapper un cri. Une fois le choc passé, je m’avance lentement vers l’ouverture entrant enfin dans la maison.
La pièce semble vide à première vue, il n’y avait que des toiles d’araignée un peu partout. J’entends alors des rires qui me glacent le sang. Je ferme les yeux afin de rassembler un peu de courage et lorsque je les ouvre, un garçon se trouve devant moi. Je pointe la lumière vers lui, la lumière de mon téléphone rendant son visage plus pâle. Ses cheveux noirs pendent autour de son visage, ses yeux maquillés de noir lui donne l’air d’un vampire et ses lèvres rouges contrastant avec sa peau blanche. Ses bras croisés me donnent une vision claire de ses ongles parfaitement manucurés et de ses nombreuses bagues. Finalement, c’est lui qui brise le silence.
-Qui es-tu ?
Je me fige au son de sa voix. Dois-je, lui répondre ? Nos regards se croisent finalement. Le noir autour de ses yeux les rend son regard plus perçant, plus sombre, plus effrayant. Je me racle la gorge avant de lui répondre :
-Je… Je m’appelle Sim...Simon, je lui réponds en bégayent. Je… Je cherche mon… Mon ami… Je l’ai vu entrer ici. -Il n’y a personne ici.
Il s’approche de moi, un large sourire collé à ses lèvres. Je recule jusqu’à ce que je ne puisse plus, mon dos touchant le mur.
-M’enfin, il n’y a que toi et moi dans cette maison vide, dit-il arrivant à ma hauteur. Que pourrais-je bien faire de toi ?
Je le fixe en silence sentant la terreur monter en moi, avant de fermer mes yeux, plaçant mes mains devant mon visage. Je sens mes larmes couler le long de mes joues.
-Non, non, je lui dis apeuré. Ne me faite pas de mal.
Je sens son corps se coller contre le mien, puis son souffle chaud dans mon cou avant qu’il ne me murmure à l’oreille :
-Joyeux anniversaire.
À nouveau, je me fige, sentant son corps de décoller. J’entends plusieurs rires et sent derrière mes paupières les lumières s’allumer. J’ouvre alors les yeux enlevant mes mains lentement de mon visage, pour y apercevoir mon meilleur ami, mon petit-ami, ce con d’Andy, qui selon-moi draguait un peu trop ouvertement mon copain, mon grand frère avec sa copine, les gars de mon cours de karaté et cet inconnu qui m’observent, un immense sourire sur le visage.
-Surprise, dirent-ils en même temps. -Et t’inquiète, j’ai tout filmé hein, rajouta mon meilleur ami en rigolant.
-C’est quoi ce bordel ? -Ben quoi, 18 ans, ça se fête, dit mon frère en rigolant à son tour. -Eh, bébé, qu’est-ce qui t’es arrivé, me dit Daniel en s’approchant de moi pour pouvoir m’embrasser. -C’est une longue histoire, je lui réponds sur un ton boudeur.
Mon copain, me sourit, me prend par la taille et m’embrasse doucement.
-Tu me raconteras tout ça demain, profitons plutôt de la fête. De ta fête. -C’est qui le gars aux cheveux long ? -Qui ? Will ? M'enfin, William C’est un copain d’Andy, rien de sérieux, tu connais André.
Il me sourit et je ne peux m’empêcher de sourire à mon tour, laissant de côté ma rancœur contre ce stupide Andy. Je devais profiter de la fête tout de même.
Mouais… Ils m’ont tous bien eut sur ce coup-là… J’espère que ce soit la meilleure fête que j’ai eu de toute ma vie.